Parcours filles femmes

Le Parcours filles-femmes lancé par le Comité métallos en 2004 est avant tout un processus de travail créatif. À l’initiative de filles et de femmes, il est le fil d’Ariane d’une aventure collective. Depuis plus de dix ans, il donne lieu au mois de mars à une manifestation publique festive, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.

Au cœur du quartier de Belleville, sur ce terrain local fertile, nous fabriquons seules, à plusieurs, en collectif ou en association, une sorte de familistère durant quelques mois. Ces moments sont fragiles et peut-être un peu foutraques et farfelus, mais ils sont toujours festifs. Ils contribuent à leur manière au développement des mouvements féministes. Mené par les femmes, le Parcours accueille aussi volontiers les hommes ! Notre force et notre fierté de réinventer chaque année un Parcours filles-femmes, nous les puisons dans les failles et les fissures de notre société institutionnelle et codifiée. Même si nos finances ne nous permettent pas de nous ranger parmi les festivals culturels parisiens, nous veillons à notre manière sur le feu de la forge de la Maison des métallos, devenue, grâce à notre combat, un établissement culturel.

Diversité, fertilité

Le Comité métallos, depuis plus de quinze ans, interroge l’histoire de la Maison des métallos, située au 94 rue Jean-Pierre Timbaud dans le 11e arrondissement de Paris, devenue le siège de l’Union fraternelle de la confédération des métallurgistes et de ses œuvres sociales. Les femmes y ont eu une place toute particulière à travers le rôle que les syndicalistes et les militantes politiques ont pu y jouer, mais aussi à travers des pratiques quotidiennes de quartier. Les jeunes mères y suivaient les cours d’accouchement sans douleur avant d’entrer à la maternité des Bluets, située à quelques mètres. En 2004, le premier Parcours filles-femmes est donc né naturellement (sans douleur !), fruit de cette histoire, de cette mémoire – mémoire vivante – des femmes de Belleville. Quartier encore populaire à la création du premier Parcours, le quartier des métallos tout au long de ces dix années s’est métamorphosé. Il est passé selon les périodes, selon les interlocutrices et interlocuteurs, de quartier en politique de la Ville à quartier à la mode, de quartier populaire à quartier bobos, de quartier cosmopolite à quartier intégriste, de « quartier nord » de l’arrondissement à quartier des cafés et des nuits parisiennes. Toutefois, si le quartier des métallos est un quartier en mutation, en mouvement (la nuit encore plus que le jour) et si la gentrification grignote chaque année quelques immeubles supplémentaires, il continue néanmoins à rassembler un nombre important d’artistes précaires, de femmes seules avec enfants, de familles immigrées, de personnes sans domicile fixe. La densité y est une des plus fortes d’Europe et le transit de population particulièrement important. Cette grande diversité sociale et culturelle des populations de Belleville est une vraie richesse. Nous sommes au cœur d’expressions culturelles émergentes. C’est ce brassage social et culturel qui constitue aujourd’hui la singularité de ce quartier et qui enrichit chaque année les Parcours. Travailler avec des femmes et des hommes en difficulté, des artistes précaires, des citoyens jeunes et moins jeunes qui s’engagent dans une démarche artistique – en dehors de leur vie professionnelle –, des personnes à la retraite, des associations qui agissent avec les plus démunis, est un choix que le Parcours revendique. Notre objectif est de faire confiance aux gens en proposant des thématiques, plus que de classifier les populations. Nous souhaitons ne pas reproduire le schéma culturel traditionnel et dominant. Notre objectif est de fabriquer avec elles et non pour elles.

Familistère et initiative citoyenne

Le Parcours va là où les rencontres se produisent, avec celles et ceux qui se portent volontaires et choisissent de faire un bout de chemin ensemble. La souplesse de l’organisation, la transparence de la démarche, l’accueil des propositions, des « vraies » cartes blanches données à de jeunes artistes sont les éléments qui permettent de revendiquer le qualificatif d’« initiative citoyenne de quartier ». Les ateliers gratuits réalisés en amont travaillent chaque année à une thématique commune. L’expérience et l’expertise de leurs animatrices et animateurs en font les moteurs du processus d’émancipation de chaque participant. L’idée de la transmission dans un esprit de partage et de générosité permet de faire travailler ensemble des gens d’âges différents et de milieux culturels et sociaux variés. Chacun a une place au sein du Parcours et peut proposer une activité collective ou individuelle ou/et participer à un ou plusieurs ateliers. Nous sommes particulièrement attentives au respect des personnes, à leurs motivations, à leur engagement, quel que soit leur niveau de pratique ou leur parcours personnel.

Nous travaillons sur le long terme, en sachant que la confiance se construit progressivement. De la confiance naît la participation.

Fil d’Ariane et prolongements

Nous favorisons les échanges, les rencontres, les participations entre les ateliers qui sont animés par des professionnels : artistes, comédiennes, chorégraphes, animatrices socioéducatives, écrivains. C’est de cette manière que l’ensemble du réseau Parcours filles-femmes s’approprie le processus de travail. Les volontaires qui participent à plusieurs ateliers deviennent des porteurs de nouvelles initiatives et créent le dynamisme du Parcours. Rompre avec la notion habituelle de juxtaposition des activités pour tenter de mettre un quartier en mouvement, voici notre démarche. C’est ainsi que le fil d’Ariane est un peu plus solide d’une année sur l’autre, qu’il se tisse de couleurs et de matières différentes entre partenaires et responsables de plusieurs lieux de l’arrondissement – parfois même hors de l’arrondissement – entre les associations, les institutions artistiques et culturelles, les équipements sociaux, les commerçants. Si chaque année plus de quarante personnes s’investissent dans l’invention renouvelée d’un Parcours, c’est sans compter les répercussions, les prolongements que suscitent les rencontres lors des ateliers et de la manifestation publique. C’est ainsi, par exemple, que Mamadou, qui participe à l’atelier de soundpainting, poursuit son chemin en intervenant dans la classe d’une école maternelle pour initier un groupe d’enfants à la musique, que Rafaële engage une technicienne croisée lors de son installation scénographique pour l’accompagner dans sa tournée de comédienne, que Danielle de l’atelier d’écriture propose à plusieurs femmes la réalisation d’un livre d’artiste, que Lydie et Gina se rencontrent et créent un spectacle pour le Parcours suivant…